Kubaba, la tavernière devenue reine

 



Dans la cité de Kish, aux alentours de 2500 avant J.-C., la royauté était un domaine réservé aux hommes. Chaque dynastie succédait à une autre dans la guerre, la puissance religieuse ou la conquête. Mais, un jour, une femme, simple tavernière selon la légende, prit le pouvoir. Elle s’appelait Kubaba, et son nom restera dans les tablettes d’argile des scribes comme la seule femme à régner sur Sumer durant cette période.

On la découvre dans la fameuse Liste royale sumérienne, un document semi-mythique qui énumère les souverains de Sumer et la durée de leur règne. Kubaba y est présentée comme ayant « renforcé les fondations de Kish » et régné pendant 100 ans, ce chiffre exagéré témoigne moins d’un fait exact que de l’aura exceptionnelle qu’elle a laissée dans les mémoires.

Mais qui était-elle vraiment ? Selon les légendes mésopotamiennes, Kubaba était à l’origine une tenancière de taverne. Dans une société patriarcale où les femmes occupaient rarement des rôles politiques, son ascension fut vue comme un prodige. Les mythes disent qu’elle « donna du pain aux affamés » et « fit couler l’eau fraîche pour les assoiffés », actes de bonté qui auraient attiré sur elle la faveur des dieux. Elle aurait été choisie par les puissances célestes pour devenir reine, une rareté divine dans l’imaginaire sumérien.

Kubaba ne fut pas simplement un symbole : son règne marque une transition durable, puisqu’elle fonde une dynastie, la troisième dynastie de Kish, qui dure plusieurs générations. Même si la documentation précise est rare, sa mémoire est restée vive longtemps après sa mort. Son nom a survécu non seulement comme souveraine, mais aussi comme divinité locale, associée à la protection, à la maternité et au pouvoir légitime.

Ce mythe de la femme humble, choisie par les dieux pour gouverner, fait de Kubaba un archétype du pouvoir féminin dans l’Antiquité, à la fois modèle de justice et de sagesse. Elle est souvent comparée à des figures comme Semiramis en Assyrie ou Hatchepsout en Égypte, bien qu’elle les précède de plusieurs siècles.

Son histoire est aussi un rappel : même dans les sociétés anciennes fortement dominées par les hommes, il arrivait que des femmes accèdent à la plus haute autorité, parfois en défiant l’ordre établi, parfois en s’inscrivant dans un destin sacré. Kubaba, tavernière de Kish, fut de celles-là.

 

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