Gilgamesh, le roi qui voulait vaincre la mort
Il y a plus
de quatre mille ans, dans les vastes plaines de Mésopotamie, un roi marchait
parmi les hommes avec la prestance d’un dieu. Son nom : Gilgamesh, souverain d’Uruk, cité puissante entourée de hauts remparts
que, dit-on, il fit ériger de ses propres mains. Selon la tradition, Gilgamesh
était aux deux tiers divin et pour un tiers humain. Cette origine mystérieuse
fit de lui un homme à part, à la fois admiré et redouté.
Gilgamesh
était fort, beau, mais aussi cruel et capricieux. Il imposait sa volonté sans
partage, tyrannisant son peuple. Les dieux, alertés par les plaintes des
habitants d’Uruk, décidèrent de tempérer sa puissance. Ils créèrent alors Enkidu, un homme sauvage, fort et
libre, élevé parmi les animaux, destiné à affronter le roi.
Lorsque les
deux hommes se rencontrèrent, la lutte fut violente, mais aucun ne parvint à
vaincre l’autre. De ce combat naquit une amitié indéfectible. Gilgamesh et
Enkidu devinrent frères d’âme, inséparables. Ensemble, ils entreprirent des
exploits fabuleux : ils abattirent Humbaba,
le gardien de la Forêt des Cèdres, et tuèrent le Taureau céleste envoyé par la
déesse Ishtar, furieuse du refus de Gilgamesh.
Mais les
dieux ne pouvaient tolérer cette arrogance. Ils décidèrent alors de frapper
Enkidu de mort. Le chagrin de Gilgamesh fut immense. Il découvrit avec douleur
que même les plus puissants ne peuvent échapper à la fin. Cette perte
transforma le roi. Fini les conquêtes et les jeux de pouvoir : Gilgamesh se
lança dans une quête désespérée, celle de l’immortalité.
Il voyagea
jusqu’aux confins du monde connu, traversa des déserts brûlants, des montagnes
noires et des mers de mort, pour rencontrer Uta-Napishti, le seul homme à qui les dieux avaient accordé la vie
éternelle après le Déluge. Gilgamesh espérait arracher à cet ancien le secret
de l’éternité. Mais la réponse fut amère : l’homme est fait pour mourir. Ce qui
reste, ce ne sont pas les corps, mais les actes. La seule immortalité possible est celle de la mémoire, de la gloire, de ce qu’on construit pour les autres.
Revenu à
Uruk, plus sage, plus humain, Gilgamesh contempla les remparts de sa ville et
comprit que l’essentiel n’était pas de vaincre la mort, mais de vivre avec grandeur, pour laisser une
trace juste et durable.
C’est ce
récit, conservé sur douze tablettes d’argile en écriture cunéiforme, que nous
appelons aujourd’hui l’Épopée de
Gilgamesh. Il est considéré comme le plus ancien récit littéraire connu de l’humanité. Bien avant
Homère, bien avant la Bible, des hommes racontaient déjà les épreuves, les
doutes et les quêtes d’un roi perdu dans sa propre grandeur.
Et ce que
Gilgamesh nous souffle, depuis les ruines d’Uruk, c’est que l’homme est grand
non quand il défie les dieux, mais quand il apprend à faire de sa vie un legs.

Commentaires
Publier un commentaire